Comment faire jouer l'assurance dommages-ouvrage ?
L'assurance dommages-ouvrage est la plus protectrice — et la plus mal comprise — des assurances construction. Pour la faire jouer, le bénéficiaire adresse à l'assureur une déclaration de sinistre par lettre recommandée avec accusé de réception, contenant les mentions obligatoires fixées par l'annexe II de l'article A. 243-1 du Code des assurances. L'assureur dispose alors de 60 jours pour se prononcer sur le principe de la garantie, puis de 90 jours au total pour formuler une offre d'indemnisation, sans qu'aucune recherche préalable de responsabilité ne soit nécessaire. Cette mécanique de préfinancement permet d'obtenir le financement des réparations sans attendre l'issue d'un éventuel procès contre les constructeurs. Encore faut-il en respecter scrupuleusement le formalisme — et connaître les délais qui jouent autant contre l'assuré qu'en sa faveur.
Quels désordres peuvent déclencher l'assurance dommages-ouvrage ?
Désordres de nature décennale : le critère central
L'assurance dommages-ouvrage ne couvre pas n'importe quel défaut de construction. En application de l'article L. 242-1 du Code des assurances, la DO garantit, « en dehors de toute recherche des responsabilités », le paiement des travaux de réparation des dommages de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs au sens de l'article 1792 du Code civil.
Sont ainsi couverts les désordres qui :
- compromettent la solidité de l'ouvrage (fissures structurelles, désordres de fondations, effondrement partiel) ;
- rendent l'ouvrage impropre à sa destination (infiltrations rendant les locaux inhabitables, désordres électriques dangereux, défauts d'étanchéité graves) ;
- affectent un élément d'équipement indissociable de l'ouvrage au sens de l'article 1792-2 du Code civil (par exemple, une installation de chauffage incorporée à la construction).
La Cour de cassation a rappelé fermement ce périmètre : l'assureur dommages-ouvrage couvre une nature physique de dommages, distincte de la nature juridique de la responsabilité décennale. Il peut donc indemniser des désordres de nature décennale même lorsque la responsabilité des constructeurs n'est plus engageable — par exemple pour des vices apparents réservés lors de la réception (Cass. civ. 3e, 7 sept. 2022, n° 21-21.382).
Un point pratique important : les désordres évolutifs sont inclus dans le champ de la DO. Des malfaçons qui n'apparaissaient pas dans toute leur gravité à la réception peuvent, si leur nature décennale se révèle ultérieurement lors d'une expertise, ouvrir droit à la garantie. La date de révélation complète du désordre conditionne la qualification décennale et le point de départ de la prescription.
Quels désordres sont exclus du champ de la DO ?
Deux catégories principales échappent à la garantie dommages-ouvrage :
- Les simples défauts de conformité qui n'atteignent ni la solidité ni la destination de l'ouvrage. La Cour de cassation l'a confirmé récemment : l'assureur dommages-ouvrage « ne pouvait être tenu de garantir les travaux de mise en conformité » dès lors que les défauts de conformité « ne portent pas, en eux-mêmes, atteinte à la solidité ou à la destination de l'ouvrage » (Cass. civ. 3e, 6 juin 2024, n° 23-11.336).
- Les dommages immatériels purs non consécutifs à un désordre matériel de nature décennale (pertes d'exploitation, préjudice de jouissance isolé, etc.).
À noter cependant : lorsqu'un désordre matériel de nature décennale est établi, les dommages immatériels qui en sont la conséquence directe doivent également être indemnisés (Cass. civ. 3e, 3 avr. 2025, n° 23-16.055).
Le critère central n'est pas la responsabilité, c'est la nature du dommage. Si les désordres compromettent la solidité ou rendent l'ouvrage impropre à sa destination, la garantie joue — peu importe que les constructeurs soient encore poursuivables. C'est précisément ce qui fait la force protectrice de la DO. Pour comprendre comment les différentes garanties s'articulent autour de cette ligne de partage, voyez notre page Quelle est la différence entre garantie décennale, garantie biennale et garantie de parfait achèvement ?
La DO peut-elle intervenir avant la réception des travaux ?
En principe, la garantie dommages-ouvrage prend pleinement effet après l'expiration du délai de garantie de parfait achèvement (soit un an après la réception). Toutefois, l'article L. 242-1 du Code des assurances prévoit deux exceptions permettant une intervention plus précoce :
- Avant réception : en cas de résiliation du contrat de louage d'ouvrage après une mise en demeure de l'entrepreneur restée infructueuse ;
- Pendant la période de parfait achèvement : en cas de défaillance de l'entrepreneur à exécuter ses obligations après une mise en demeure restée sans effet.
La cour d'appel de Poitiers a par ailleurs rappelé que la mise en œuvre de la DO n'est pas subordonnée à l'existence d'une réception formalisée, car l'article L. 242-1 vise les dommages « de la nature de ceux dont sont responsables les constructeurs », et non les dommages décennaux stricto sensu (CA Poitiers, 9 mars 2021, n° 19/01146). Cette précision est précieuse en cas d'abandon de chantier, où la réception n'a justement pas eu lieu.
| Type de désordre | Couvert par la DO ? | Condition particulière |
|---|---|---|
| Fissures compromettant la solidité | Oui | Aucune |
| Infiltrations rendant le logement inhabitable | Oui | Aucune |
| Défaut de conformité sans atteinte à la solidité | Non | — |
| Désordre évolutif révélé après la réception | Oui | Nature décennale établie par expertise |
| Désordre relevant de la garantie de parfait achèvement | Oui, sous condition | Mise en demeure de l'entrepreneur restée infructueuse |
| Désordres purement immatériels (non consécutifs) | Non | — |
Qui peut déclarer le sinistre à l'assureur dommages-ouvrage ?
La déclaration de sinistre doit émaner du bénéficiaire du contrat, c'est-à-dire du propriétaire de l'ouvrage au moment du sinistre. Elle peut également être faite par son mandataire (avocat, gestionnaire de patrimoine délégué, maître d'ouvrage délégué expressément désigné dans la police).
En cas de revente de l'immeuble, le nouveau propriétaire devient bénéficiaire de l'assurance dommages-ouvrage souscrite par le vendeur, pour les désordres apparus pendant la période de garantie encore en cours. C'est donc l'acquéreur qui agira contre l'assureur DO.
La mise en demeure préalable de l'entrepreneur (lorsqu'elle est requise) doit émaner du maître de l'ouvrage lui-même ou de son mandataire expressément désigné, et non d'un maître d'œuvre agissant sans mandat explicite (Cass. civ. 3e, 7 sept. 2022, n° 21-21.382). C'est un piège récurrent : on croit avoir respecté le formalisme parce que le maître d'œuvre s'est manifesté, et l'on découvre a posteriori que son mandat ne couvrait pas l'envoi d'une mise en demeure. Vérifiez la chaîne de mandats avant d'envoyer la déclaration.
Comment déclarer le sinistre : formalisme et contenu obligatoire
Quelles mentions doit contenir la déclaration de sinistre ?
L'annexe II de l'article A. 243-1 du Code des assurances définit le contenu minimal d'une déclaration de sinistre dommages-ouvrage dite « constituée ». Elle doit obligatoirement comporter :
- le numéro du contrat d'assurance (et le cas échéant de l'avenant) ;
- le nom et l'adresse du propriétaire déclarant ;
- l'adresse de l'ouvrage sinistré ;
- la date de réception des travaux ou, à défaut, la date de première occupation ;
- la date d'apparition des désordres ;
- une description précise et localisée des dommages constatés ;
- si la déclaration intervient pendant la période de garantie de parfait achèvement (première année) : la copie de la mise en demeure adressée à l'entrepreneur défaillant.
La forme recommandée est la lettre recommandée avec accusé de réception ou la remise en main propre contre récépissé. Joignez systématiquement des photographies des désordres, un plan de localisation, et tout document utile à la compréhension du sinistre.
Décrivez chaque désordre de manière distincte et détaillée. La jurisprudence admet que l'assureur peut refuser sa garantie pour un désordre qui n'a pas été régulièrement déclaré. Concrètement : un désordre non mentionné dans la déclaration initiale risque d'être exclu de la prise en charge. Mieux vaut une déclaration exhaustive qu'une déclaration synthétique.
La mise en demeure préalable de l'entrepreneur est-elle obligatoire ?
La réponse varie selon la période à laquelle le sinistre est déclaré :
- Après expiration du délai de parfait achèvement (soit plus d'un an après réception) : aucune mise en demeure n'est requise. L'assuré peut saisir directement l'assureur DO.
- Pendant la période de parfait achèvement (première année suivant la réception) : une mise en demeure préalable de l'entrepreneur défaillant est nécessaire, suivie d'une absence de réponse ou d'inexécution dans un délai raisonnable. La Cour de cassation a précisé qu'il n'est pas nécessaire d'attendre la résiliation du marché : la seule mise en demeure infructueuse suffit à ouvrir droit à la garantie DO (Cass. civ. 3e, 18 déc. 2002, n° 01-12.667).
- Avant réception : mise en demeure requise, sauf si elle est impossible ou inutile (par exemple, en cas de liquidation judiciaire de l'entrepreneur emportant résiliation du contrat de louage d'ouvrage).
Que se passe-t-il si la déclaration est incomplète ?
L'assureur dispose d'un délai de 10 jours à compter de la réception de la déclaration pour la qualifier de « non constituée » et réclamer les pièces manquantes. Ce délai est impératif.
Si l'assureur ne réagit pas dans ce délai de 10 jours, la déclaration est réputée constituée, même imparfaite, et les délais de 60 et 90 jours commencent à courir. La jurisprudence applique ce mécanisme de manière stricte en faveur de l'assuré : l'assureur ne peut plus se prévaloir d'une déclaration incomplète s'il n'a pas réagi dans les 10 jours (CA Pau, 24 juill. 2015, n° 15/02992).
De même, les clauses contractuelles prévoyant des délais de déclaration plus courts ou des déchéances de garantie pour déclaration tardive sont neutralisées si l'assureur ne démontre pas un préjudice causé par le retard (CA Poitiers, 12 avr. 2022, n° 20/01629).
Quels sont les délais légaux de l'assureur pour traiter la déclaration ?
L'article L. 242-1 du Code des assurances organise une procédure d'instruction aux délais impératifs, d'ordre public, qui ne peuvent être allongés au détriment de l'assuré.
Le délai de 60 jours pour se prononcer sur la garantie
À compter de la réception d'une déclaration de sinistre constituée, l'assureur doit, dans un délai maximum de 60 jours :
- désigner un expert et lui communiquer un rapport préliminaire ;
- notifier à l'assuré sa décision d'accepter ou de refuser la mise en jeu de la garantie.
Ce délai de 60 jours est sans doute la disposition la plus stratégique de tout le régime de la dommages-ouvrage. La Cour de cassation a posé le principe suivant : l'assureur qui a accepté la mise en jeu de la garantie dans le délai de 60 jours ne peut plus ensuite contester le principe de celle-ci, y compris en invoquant le caractère non décennal des désordres (Cass. civ. 3e, 3 avril 2025, n° 23-16.055, FS-B). Cette décision récente, publiée au Bulletin, est fondamentale : une acceptation même partielle ou provisoire vaut reconnaissance définitive de la garantie. En pratique, dès qu'un assureur écrit dans le délai de 60 jours qu'il prend en charge le sinistre, son sort est scellé.
Le revers de la médaille : ces dispositions sont impératives pour l'assuré également. Il ne peut pas saisir le juge des référés aux fins de désignation d'un expert avant l'expiration du délai de 60 jours, sous peine d'irrecevabilité de son action (Cass. civ. 3e, 7 décembre 2023, n° 22-19.463 et s.).
Le délai de 90 jours pour l'offre d'indemnité
En cas d'acceptation de la garantie, l'assureur dispose d'un délai maximum de 90 jours à compter de la réception de la déclaration constituée pour présenter une offre d'indemnité destinée au financement des travaux de réparation. Cette offre peut, le cas échéant, avoir un caractère provisionnel.
En cas de difficultés exceptionnelles liées à la nature ou à l'importance du sinistre (ouvrage complexe, désordres multiples, expertise délicate), l'assureur peut proposer un délai supplémentaire, qui ne peut excéder 135 jours au total à compter de la réception de la déclaration constituée. Ce délai allongé doit être motivé et nécessite l'accord exprès de l'assuré.
Une fois l'offre acceptée, l'indemnité doit être versée dans un délai de 15 jours.
| Étape | Délai légal | Point de départ |
|---|---|---|
| Demande de compléments si déclaration incomplète | 10 jours | Réception de la déclaration |
| Décision sur le principe de la garantie | 60 jours | Réception de la déclaration constituée |
| Offre d'indemnité (cas normal) | 90 jours | Réception de la déclaration constituée |
| Offre d'indemnité (cas complexe, avec accord de l'assuré) | 135 jours maximum | Accord sur le principe de la garantie |
| Versement de l'indemnité après acceptation | 15 jours | Acceptation de l'offre |
Que faire si l'assureur ne respecte pas les délais ?
Le non-respect des délais légaux par l'assureur entraîne des conséquences sévères, expressément prévues par l'article L. 242-1 du Code des assurances :
- Droit d'engager les travaux : si l'assureur ne se prononce pas dans le délai de 60 jours, ou s'il ne présente pas d'offre dans le délai de 90 jours, l'assuré peut, après en avoir informé l'assureur, engager lui-même les travaux de réparation. L'assureur demeure tenu de les financer.
- Majoration automatique de l'indemnité : l'indemnité est alors majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux légal sur les sommes dues. Cette majoration est automatique et ne nécessite pas de condamnation judiciaire.
En pratique, avant d'engager des travaux, mettez formellement en demeure l'assureur par lettre recommandée, en rappelant les délais légaux courus et en annonçant votre intention d'engager les réparations à défaut de réponse sous huitaine.
L'indemnisation et l'affectation des fonds
L'assurance dommages-ouvrage est une assurance de préfinancement. L'indemnité versée par l'assureur est impérativement destinée au financement des travaux de réparation des désordres. Elle ne peut être conservée comme dommages et intérêts ni utilisée à d'autres fins.
La Cour de cassation a rappelé fermement ce principe : l'indemnité versée par l'assureur dommages-ouvrage doit être affectée au paiement des travaux de réparation des dommages (Cass. civ. 3e, 17 déc. 2003, n° 02-19.034).
Lorsque l'assuré refuse l'offre d'indemnisation proposée par l'assureur mais ne peut différer les travaux, il peut obtenir, sur simple demande, une avance d'au moins 75 % de l'indemnité proposée (trois quarts de l'offre), dans l'attente d'une décision définitive sur le montant. Cette règle, issue des clauses-types de l'article A. 243-1, a été confirmée par la Cour de cassation (Cass. civ. 3e, 3 avril 2025, n° 23-16.055).
Après indemnisation, l'assureur DO est subrogé dans les droits du maître de l'ouvrage pour exercer ses recours contre les constructeurs et leurs assureurs de responsabilité décennale (article L. 121-17 du Code des assurances). C'est pourquoi il est essentiel de ne pas laisser les constructeurs ignorer l'existence des désordres, sous peine de compromettre le recours subrogatoire de l'assureur — et, par ricochet, votre propre indemnisation.
Si l'un des constructeurs n'a pas souscrit d'assurance décennale, l'assureur DO peut également se retrouver privé de son recours subrogatoire effectif. Or, comme on le verra, certains assureurs DO refusent purement et simplement de garantir un chantier où interviennent des entrepreneurs non assurés. Voyez notre page dédiée : Que faire si l'entrepreneur n'a pas d'assurance décennale ?
Dans quel délai agir contre l'assureur dommages-ouvrage ?
Toutes les actions dérivant d'un contrat d'assurance — y compris l'assurance dommages-ouvrage — sont soumises à la prescription biennale prévue par l'article L. 114-1 du Code des assurances.
Ce délai de deux ans commence à courir :
- en cas de silence ou de refus de l'assureur : à compter de la décision (ou du silence valant refus) de l'assureur ;
- en cas de désaccord sur le montant de l'indemnité : à compter de la proposition d'indemnisation ;
- si l'assuré ignorait l'existence des désordres : à compter du jour où il en a eu connaissance.
Il importe de distinguer ce délai de prescription biennale contre l'assureur DO, du délai décennal de dénonciation des désordres. La DO peut être mobilisée jusqu'à deux ans après la révélation des désordres de nature décennale, y compris dans les deux dernières années du délai décennal. Sur la nature précise du délai décennal — qui est en réalité un délai de forclusion et non de prescription — voyez notre article publié Garantie décennale : on parle de forclusion, pas de prescription.
La prescription biennale est suspendue ou interrompue par les causes habituelles : désignation d'un expert en référé, procédure d'expertise judiciaire, assignation au fond. Une fois la prescription acquise, toute action contre l'assureur est irrecevable.
Que faire en cas de refus de garantie ou d'offre insuffisante ?
En cas de refus de prise en charge ou de désaccord sur le montant de l'indemnité proposée, plusieurs voies s'offrent à vous :
- Réclamation écrite auprès du service réclamations de la compagnie d'assurance. Cette étape est souvent obligatoire avant toute saisine du médiateur.
- Saisine du médiateur de l'assurance compétent pour la compagnie concernée. La médiation est gratuite et interrompt la prescription biennale.
- Référé-expertise : en cas d'urgence ou de désaccord sur l'étendue des désordres, le juge des référés peut ordonner une expertise judiciaire. Attention : cette voie ne peut être empruntée qu'après l'expiration du délai de 60 jours laissé à l'assureur (Cass. civ. 3e, 7 décembre 2023, n° 22-19.463).
- Action judiciaire au fond : assignation de l'assureur devant le tribunal judiciaire compétent en indemnisation complémentaire ou en paiement de l'indemnité refusée. L'assistance d'un avocat spécialisé est recommandée.
Conservez impérativement l'ensemble des preuves des désordres (photographies datées, rapports d'expertises amiables, correspondances avec l'assureur, devis et factures). Ces éléments sont indispensables pour appuyer votre demande, que ce soit en médiation ou en justice. Une expertise privée bien documentée pèse plus lourd, dans la phase précontentieuse, qu'un long courrier de protestation.
L'essentiel à retenir
- La garantie dommages-ouvrage couvre les désordres qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, indépendamment de toute recherche de responsabilité (article L. 242-1 du Code des assurances).
- La déclaration de sinistre doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception et comporter toutes les mentions obligatoires fixées par l'annexe II de l'article A. 243-1.
- L'assureur dispose de 10 jours pour signaler une déclaration incomplète ; à défaut, elle est réputée constituée et les délais légaux commencent à courir.
- L'assureur a 60 jours pour se prononcer sur le principe de la garantie et 90 jours pour formuler son offre d'indemnisation. Toute acceptation dans ce délai de 60 jours est définitive et irrévocable.
- En cas de dépassement des délais légaux par l'assureur, l'assuré peut engager lui-même les travaux et l'indemnité est majorée de plein droit d'un intérêt égal au double du taux légal.
- L'indemnité DO est une indemnité de préfinancement : elle doit obligatoirement être affectée aux travaux de réparation.
- L'action contre l'assureur se prescrit par deux ans à compter de l'événement donnant naissance à l'action (article L. 114-1 du Code des assurances).
Questions fréquentes
Quels délais pour faire une déclaration de sinistre dommages-ouvrage ?
Vous devez déclarer le sinistre dès que vous avez connaissance des désordres, sans délai inutile. Le Code des assurances prévoit qu'aucune clause contractuelle ne peut imposer un délai de déclaration inférieur à cinq jours ouvrés (article L. 113-11). Une clause prévoyant un délai plus court serait nulle. L'action contre l'assureur se prescrit ensuite par deux ans à compter du jour où vous avez eu connaissance des désordres (article L. 114-1 du Code des assurances). Il est donc vivement conseillé de déclarer le sinistre immédiatement pour préserver vos droits et permettre à l'assureur d'exercer ses recours subrogatoires contre les constructeurs.
Mon assureur dommages-ouvrage refuse de prendre en charge les réparations : que puis-je faire ?
Commencez par formuler une réclamation écrite auprès du service réclamations de votre compagnie d'assurance. Si aucune solution amiable n'est trouvée, saisissez le médiateur de l'assurance compétent — cette démarche est gratuite et suspend la prescription biennale. En parallèle, après expiration du délai de 60 jours laissé à l'assureur, vous pouvez saisir le juge des référés pour obtenir la désignation d'un expert judiciaire. Si le refus est injustifié, une action au fond en paiement de l'indemnité est possible devant le tribunal judiciaire. Attention : si l'assureur avait accepté la garantie dans le délai de 60 jours, il ne peut plus revenir sur cette acceptation, même s'il estime ultérieurement que les désordres ne sont pas de nature décennale (Cass. civ. 3e, 3 avril 2025, n° 23-16.055).
L'assurance dommages-ouvrage couvre-t-elle les fissures dans ma maison ?
Cela dépend de la nature des fissures. Les fissures superficielles ou esthétiques qui n'affectent pas la solidité de la structure ni la destination de l'immeuble ne relèvent pas de la garantie DO. En revanche, les fissures qui compromettent la solidité de l'ouvrage (fissures structurelles traversantes, fissures de fondations, désordres liés à un tassement différentiel, etc.) sont bien couvertes par l'assurance dommages-ouvrage au titre des dommages de nature décennale visés par l'article 1792 du Code civil. En cas de doute, une expertise préalable permettra d'établir la nature des désordres et de justifier la mise en jeu de la DO. Pour aller plus loin sur la qualification des fissures, voyez notre article « C'est esthétique, Monsieur l'Expert ! » sur scavocats.fr.
Peut-on faire jouer l'assurance dommages-ouvrage si on a vendu la maison ?
Oui. L'assurance dommages-ouvrage suit l'immeuble et non la personne de l'assuré initial. En cas de revente, l'acquéreur devient de plein droit le nouveau bénéficiaire du contrat DO pour les désordres apparus pendant la période de garantie encore en cours. C'est donc l'acquéreur qui aura qualité pour déclarer le sinistre et obtenir l'indemnisation des travaux de réparation. Cette transmission automatique est l'une des grandes forces du mécanisme de l'assurance dommages-ouvrage, qui protège les propriétaires successifs de l'ouvrage pendant dix ans à compter de la réception des travaux.
Combien de temps l'assureur dommages-ouvrage a-t-il pour me rembourser ?
Une fois votre déclaration de sinistre reçue et réputée constituée, l'assureur dommages-ouvrage a 60 jours pour se prononcer sur le principe de sa garantie, puis 90 jours au total pour vous présenter une offre d'indemnisation. Si vous acceptez cette offre, l'indemnité doit vous être versée dans les 15 jours. En cas de sinistre particulièrement complexe, ce délai peut être porté à 135 jours maximum avec votre accord express. Si l'assureur ne respecte pas ces délais, l'indemnité sera automatiquement majorée d'un intérêt égal au double du taux légal sur les sommes dues, et vous pouvez en outre engager vous-même les travaux aux frais de l'assureur, après l'en avoir informé.
Cette page a été rédigée par Maître Antoine CHRISTIN, avocat au Barreau des Hauts-de-Seine, spécialiste en droit immobilier et en droit de la construction. Pour toute question relative à l'assurance dommages-ouvrage ou pour être accompagné dans vos démarches, contactez le cabinet.
Autres questions sur le même thème :
Comment réagir face à un abandon de chantier ?
Votre entrepreneur a déserté le chantier ? Avant de céder à la tentation très humaine de prendre l'affaire en main, respirez : la séquence à suivre est précise, et la moindre fausse note se paye comptant. En résumé : on suspend les paiements, on met en demeure par lettre recommandée, on fait constater l'abandon par un commissaire de justice, puis on choisit entre la résolution judiciaire, l'exécution aux frais et risques de l'entrepreneur (article 1222 du Code civil) ou — pour un CCMI — l'activation de la garantie de livraison de l'article L. 231-6 du Code de la construction et de l'habitation. Faute de quoi, c'est vous qui risquez d'être condamné à indemniser celui que vous croyiez fautif. Oui, la justice a parfois un sens de l'humour très particulier.
Que faire si l'entrepreneur n'a pas d'assurance décennale ?
Découvrir qu'un entrepreneur intervient sans assurance décennale, c'est mettre la main sur une bombe à retardement. L'obligation pèse sur lui depuis l'article L. 241-1 du Code des assurances ; elle est d'ordre public ; et son défaut constitue un délit pénal. Pour autant, vous n'êtes pas désarmé : avant le chantier, vous pouvez refuser de contracter ; en cours de chantier, vous pouvez mettre en demeure, suspendre les paiements, voire résilier ; après réception, vous conservez l'action décennale contre l'entrepreneur sur son patrimoine — et, dans certains cas, contre son dirigeant à titre personnel. Encore faut-il actionner ces leviers dans le bon ordre, et au bon moment.
Comment faire jouer l'assurance dommages-ouvrage ?
L'assurance dommages-ouvrage est la plus protectrice — et la plus mal comprise — des assurances construction. Pour la faire jouer, le bénéficiaire adresse à l'assureur une déclaration de sinistre par lettre recommandée avec accusé de réception, contenant les mentions obligatoires fixées par l'annexe II de l'article A. 243-1 du Code des assurances. L'assureur dispose alors de 60 jours pour se prononcer sur le principe de la garantie, puis de 90 jours au total pour formuler une offre d'indemnisation, sans qu'aucune recherche préalable de responsabilité ne soit nécessaire. Cette mécanique de préfinancement permet d'obtenir le financement des réparations sans attendre l'issue d'un éventuel procès contre les constructeurs. Encore faut-il en respecter scrupuleusement le formalisme — et connaître les délais qui jouent autant contre l'assuré qu'en sa faveur.
Quelle est la différence entre garantie décennale, garantie biennale et garantie de parfait achèvement ?
La loi du 4 janvier 1978, dite loi Spinetta, codifiée aux articles 1792 et suivants du Code civil, impose aux constructeurs trois garanties légales distinctes, qui se distinguent par leur durée, leur objet et les désordres qu'elles couvrent. La garantie de parfait achèvement couvre, pendant un an, tous les désordres signalés. La garantie biennale de bon fonctionnement protège, pendant deux ans, les éléments d'équipement dissociables du gros œuvre. La garantie décennale engage, pendant dix ans, la responsabilité du constructeur pour tout dommage qui compromet la solidité de l'ouvrage ou le rend impropre à sa destination. Ces trois régimes ont un seul et même point de départ — la réception — et se cumulent : un même désordre peut, selon sa gravité, relever simultanément de plusieurs d'entre eux.
Peut-on forcer un entrepreneur à reprendre des travaux ?
Oui, et la loi met à votre disposition un arsenal plus étendu qu'on ne le croit. Le maître de l'ouvrage dispose de plusieurs leviers cumulables : la garantie de parfait achèvement de l'article 1792-6 du Code civil pendant l'année suivant la réception, l'exécution forcée en nature fondée sur l'article 1217 du même code, et, au-delà, la responsabilité contractuelle de droit commun. En pratique, cette contrainte passe le plus souvent par une mise en demeure suivie, si nécessaire, d'une saisine du juge pour obtenir soit l'injonction de reprise sous astreinte, soit le droit de faire exécuter les travaux par un tiers aux frais et risques de l'entrepreneur défaillant. Reste à mobiliser le bon fondement, dans le bon délai, après avoir constitué une preuve solide.
Que faire en cas de malfaçons après des travaux de rénovation ?
En présence de malfaçons après des travaux de rénovation, vous disposez de plusieurs recours selon la nature et la gravité des défauts constatés. La première démarche consiste à formaliser les désordres par écrit et à mettre l'entreprise en demeure d'y remédier. Selon les cas, vous pourrez ensuite activer la garantie de parfait achèvement (1 an), la garantie biennale de bon fonctionnement (2 ans) ou la garantie décennale (10 ans), toutes prévues aux articles 1792 et suivants du Code civil. Si les défauts ne relèvent d'aucune de ces garanties légales, la responsabilité contractuelle de droit commun de l'entrepreneur reste applicable dans un délai de cinq ans. Toute la difficulté tient à la qualification — et c'est précisément en rénovation que cette qualification réserve le plus de surprises.
Qu'est-ce que la réception des travaux et pourquoi est-elle indispensable ?
La réception des travaux est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage, avec ou sans réserves, tel que le définit l'article 1792-6 du Code civil. Elle constitue le pivot central de tout le droit de la construction : c'est à compter de cette date que courent la garantie de parfait achèvement (1 an), la garantie biennale de bon fonctionnement (2 ans) et la garantie décennale (10 ans). Sans réception, aucune de ces garanties légales ne peut être invoquée ; le maître de l'ouvrage se trouve réduit à la responsabilité contractuelle de droit commun, plus incertaine et plus exigeante à mettre en œuvre. Autant dire que tout l'édifice du droit français de la construction repose sur cet acte — qu'on a pourtant tendance à expédier en quelques minutes sur un coin de chantier.
Domaines d'activité
Construction
J’aide à résoudre les litiges liés à la construction (reprise des malfaçons et des désordres ; levée des réserves ; comptes de fin de chantier ; indemnisation des retards ; mobilisation des assurances).
Copropriété
Je permets aux copropriétaires et aux copropriétés de faire valoir leurs droits (annulation des PV d’AG ; dégât des eaux et incendie ; mobilisation des assurances ; recouvrement des charges).
Ventes immobilières
J'assiste acheteurs et vendeurs qui s'estiment lésés (vices cachés et dol ; obligation de délivrance ; contentieux de l'indemnité d'immobilisation).
Baux commerciaux
Je débloque les situations Bailleur Preneur (renouvellement ; déplafonnement ; résiliation) et j'accompagne les gérants (vente de fonds de commerce ; cession de droit au bail).
Baux d'habitation
J'assiste bailleurs et locataires dans le cadre des contentieux locatifs (référé-expulsion ; validation de congé ; action contre la caution).
Urbanisme
J'accompagne dans les contentieux relatifs aux permis de construire et déclarations préalables (recours gracieux Maire ; recours contentieux Tribunal Administratif).





