Comment réagir face à un abandon de chantier ?

Comment réagir face à un abandon de chantier ?

Votre entrepreneur a déserté le chantier ? Avant de céder à la tentation très humaine de prendre l'affaire en main, respirez : la séquence à suivre est précise, et la moindre fausse note se paye comptant. En résumé : on suspend les paiements, on met en demeure par lettre recommandée, on fait constater l'abandon par un commissaire de justice, puis on choisit entre la résolution judiciaire, l'exécution aux frais et risques de l'entrepreneur (article 1222 du Code civil) ou — pour un CCMI — l'activation de la garantie de livraison de l'article L. 231-6 du Code de la construction et de l'habitation. Faute de quoi, c'est vous qui risquez d'être condamné à indemniser celui que vous croyiez fautif. Oui, la justice a parfois un sens de l'humour très particulier.

Qu'est-ce qu'un abandon de chantier en droit ?

Les critères qui caractérisent l'abandon de chantier

Première curiosité : l'abandon de chantier est partout dans la pratique, mais nulle part dans les textes. Ni le Code civil ni le Code de la construction n'en donne de définition. Ce sont les tribunaux qui ont, pierre par pierre, dessiné les contours de cette notion : une interruption injustifiée et prolongée des travaux, résultant de la volonté ou de la défaillance de l'entrepreneur, et qui compromet l'achèvement de l'ouvrage dans les délais convenus.

Trois éléments doivent être réunis pour caractériser l'abandon : une absence effective et prolongée de l'entrepreneur, l'absence de toute justification légitime (ni intempéries, ni accord du maître d'ouvrage, ni force majeure), et une durée anormalement longue au regard des usages du bâtiment. La jurisprudence retient généralement qu'un arrêt non justifié de plus de quinze jours à un mois peut suffire à caractériser l'abandon — étant précisé que cette appréciation reste souveraine et qu'elle dépend largement du contexte du chantier.

L'abandon peut aussi être insidieux : repli progressif du matériel, silence aux convocations de chantier, arrêt des commandes de matériaux, fin de non-recevoir aux mises en demeure. Le tribunal judiciaire de Nantes l'a illustré : un entrepreneur ayant interrompu les travaux le 22 mai 2022 et n'ayant jamais repris malgré sommations s'est vu opposer une résolution du contrat à ses torts (TJ Nantes, 18 septembre 2024, n° 24/00718).

Distinguer l'abandon véritable d'un simple retard ou d'une suspension légitime

Tous les arrêts de chantier ne sont pas fautifs — heureusement, sans quoi tout entrepreneur français serait défaillant chaque été. Plusieurs causes de suspension sont parfaitement légitimes :

  • Intempéries dûment constatées et déclarées en application des règles professionnelles ;
  • Période de congés légaux prévue au marché ;
  • Force majeure au sens de l'article 1218 du Code civil (événement imprévisible, irrésistible et extérieur) ;
  • Non-paiement par le maître d'ouvrage de situations dues : l'entrepreneur peut alors opposer l'exception d'inexécution (article 1219 du Code civil) et suspendre ses prestations ;
  • Difficultés de coactivité imputables à d'autres corps de métier, dûment signalées par écrit.

Avant de qualifier un arrêt de travaux d'abandon, vérifiez d'abord — scrupuleusement — que vos propres obligations sont à jour. Le tribunal judiciaire de Metz a écarté l'abandon dans une affaire où l'entrepreneur avait signalé par écrit la défaillance d'autres corps de métier et le non-paiement de ses situations, et a débouté le maître d'ouvrage de l'intégralité de ses demandes (TJ Metz, 4 mars 2025, n° 22/00356). Attaquer pour abandon quand on doit soi-même de l'argent, c'est s'offrir une condamnation à grande vitesse.

Quels sont les réflexes immédiats du maître d'ouvrage ?

Faut-il cesser immédiatement tout paiement ?

Dès lors que le doute sur un abandon est sérieux, oui : suspendez tout paiement. Verser de nouvelles sommes à un entrepreneur qui a déjà tourné le dos au chantier, c'est accroître votre préjudice sans la moindre contrepartie.

Cette suspension doit cependant rester proportionnée et fondée. Si vous suspendez un paiement , vous offrez à l'entrepreneur, sur un plateau, l'exception d'inexécution de l'article 1219 du Code civil — et c'est lui qui pourra justifier son arrêt par votre carence.

Comment constituer un dossier de preuves solide ?

Tout l'enjeu se joue ici : l'abandon est une question de preuve avant d'être une question de droit. Un dossier rigoureux doit contenir :

  • Le contrat de construction ou le marché de travaux signé, avec ses avenants ;
  • Les situations de travaux et les justificatifs de paiements effectués ;
  • Les comptes rendus de chantier et les ordres de service ;
  • Les photographies horodatées de l'état du chantier (n'attendez pas pour les prendre) ;
  • Tous les courriels, courriers et échanges avec l'entrepreneur attestant de l'absence de reprise ;
  • Le constat dressé par un commissaire de justice.

Le tribunal de commerce de Paris l'a rappelé sans ménagement : faute de planning opposable et de preuve d'une absence effective antérieure à la mise en demeure, la résiliation pour abandon a été requalifiée en résiliation abusive et le donneur d'ordre condamné à indemniser le sous-traitant qu'il accusait (T. com. Paris, 7 avril 2025, n° 2023074318).

Comment rédiger la mise en demeure de reprendre les travaux ?

La mise en demeure n'est pas une politesse : c'est l'acte fondateur de toute la procédure. Adressée par lettre recommandée avec accusé de réception ou par acte de commissaire de justice, elle doit comporter :

  1. L'identification précise des parties et la référence au contrat ;
  2. La description factuelle et datée de l'arrêt des travaux ;
  3. L'énoncé de l'obligation inexécutée : reprendre les travaux ;
  4. Un délai précis, bref mais raisonnable (8 à 15 jours selon les usages contractuels) ;
  5. La mention expresse des conséquences en cas de non-reprise : résiliation aux torts de l'entrepreneur, recours à un tiers à ses frais et risques, engagement d'une procédure judiciaire ;
  6. Si le contrat contient une clause résolutoire, sa visa expresse.

Lorsque le marché reproduit la norme AFNOR NF P 03-001, son article 22.1.2.1 prévoit la résiliation de plein droit, sans formalité judiciaire, après mise en demeure restée infructueuse. La Cour de cassation a validé ce mécanisme à condition que la procédure soit respectée à la lettre (Cass. civ. 3e, 4 mars 2021, n° 18-25.755).

Pourquoi faire dresser un constat par commissaire de justice ?

Le constat de commissaire de justice (anciennement constat d'huissier) est l'arme probatoire la plus difficile à contester. Il fige objectivement la situation : absence d'ouvriers, état d'avancement, présence ou retrait du matériel, désordres en cours d'aggravation. Sa force ? C'est un acte authentique. Le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan a précisément retenu la combinaison mise en demeure + constat pour caractériser la faute contractuelle de l'entreprise sur le fondement de l'article 1231-1 du Code civil (TJ Mont-de-Marsan, 12 février 2026, n° 24/00852).

Le constat doit impérativement être dressé après l'expiration du délai accordé dans la mise en demeure. C'est ce décalage qui prouve juridiquement que l'entrepreneur n'a pas obtempéré. Le constat dressé trop tôt n'a pas la même valeur démonstrative.

Quelles voies de droit s'offrent au maître d'ouvrage après l'abandon ?

La résolution judiciaire ou la résiliation contractuelle

L'abandon constitue une inexécution grave au sens de l'article 1217 du Code civil, qui ouvre deux voies.

La résolution judiciaire est prononcée par le tribunal sur le fondement des articles 1224 et 1227 du Code civil : elle entraîne la restitution des acomptes versés pour des travaux non exécutés et le droit à des dommages et intérêts.

La résiliation contractuelle de plein droit est possible lorsque le contrat contient une clause résolutoire ou renvoie à la norme NF P 03-001. Plus rapide, elle évite le passage par le juge — mais le formalisme y est impitoyable. La moindre irrégularité dans le déclenchement de la clause peut conduire à la requalification en résiliation abusive, et donc à la condamnation… du maître d'ouvrage.

L'exécution des travaux par un tiers aux frais de l'entrepreneur défaillant

L'article 1222 du Code civil, dans sa rédaction issue de la réforme du 1er octobre 2016, est une petite révolution discrète : le maître d'ouvrage peut faire exécuter l'obligation par un tiers, « dans un délai et à un coût raisonnables », après mise en demeure. Il peut ensuite réclamer le remboursement à l'entrepreneur défaillant, ou saisir le juge pour obtenir l'avance des sommes nécessaires.

En pratique, c'est l'outil qui permet de débloquer un chantier sans attendre l'issue d'un procès au fond — lequel peut s'étirer sur plusieurs années. La jurisprudence recommande toutefois d'agir sous autorisation judiciaire préalable lorsque le décompte est contesté, afin de sécuriser le recours en remboursement.

La cour d'appel de Nîmes a validé une résiliation pour abandon et le droit du maître d'ouvrage à confier les travaux à une autre entreprise dès lors que l'entrepreneur n'avait pas répondu à la mise en demeure et avait reconnu par écrit ne plus être présent depuis plusieurs semaines (CA Nîmes, 13 décembre 2024, n° 22/00395).

La saisine du juge des référés en urgence

En situation d'urgence — risque d'infiltrations, d'effondrement, dommages aux tiers — le juge des référés peut, en quelques jours à quelques semaines :

  • Désigner un expert judiciaire pour constater l'état du chantier et chiffrer les préjudices ;
  • Autoriser l'exécution des travaux d'urgence par une autre entreprise aux frais de l'entrepreneur défaillant ;
  • Enjoindre sous astreinte à l'entrepreneur de reprendre les travaux dans un délai bref.

Lorsque le danger est immédiat, il existe même une procédure encore plus expéditive : le référé d'heure à heure. J'en ai détaillé le fonctionnement dans un article dédié, Le référé d'heure à heure, l'urgence et le droit de la construction, à consulter quand le chantier menace ruine littéralement d'un week-end à l'autre.

Quelles règles particulières selon le type de contrat ?

CCMI : la garantie de livraison, bouclier du maître d'ouvrage

Le contrat de construction de maison individuelle (CCMI), encadré par les articles L. 231-1 et suivants du Code de la construction et de l'habitation, offre une protection que les autres maîtres d'ouvrage peuvent légitimement envier : la garantie de livraison à prix et délais convenus.

Obligatoire en vertu de l'article L. 231-6 du CCH, cette garantie est souscrite auprès d'un établissement de crédit ou d'une compagnie d'assurance. Elle couvre le maître d'ouvrage, dès l'ouverture du chantier, contre les risques d'inexécution. En cas de défaillance du constructeur, le garant prend en charge :

  • Le coût des dépassements du prix convenu nécessaires à l'achèvement ;
  • Les conséquences financières des paiements anticipés indus imposés par le constructeur ;
  • Les pénalités forfaitaires pour retard de livraison excédant trente jours.

La procédure est mécanique : après mise en demeure restée infructueuse pendant quinze jours, le garant doit désigner sous sa responsabilité un professionnel chargé d'achever les travaux dans le respect du prix et du délai convenus. Si le garant traîne les pieds, action directe contre lui.

Hors CCMI, la garantie décennale ne s'applique pas avant réception. Or, par hypothèse, un chantier abandonné n'est pas réceptionné. Le maître d'ouvrage doit donc se placer exclusivement sur le terrain de la responsabilité contractuelle de droit commun (TJ Béziers, 15 décembre 2025, n° 25/01930). Pour comprendre l'enjeu de la réception et le moment exact où l'on bascule d'un régime à l'autre, voyez notre page Qu'est-ce que la réception des travaux et pourquoi est-elle indispensable ?

Marché privé classique et sous-traitance

En dehors du CCMI, vous agissez sur le fondement du droit commun des obligations. Le marché contient généralement des clauses de résiliation qui précisent les conditions de mise en œuvre — et la jurisprudence est sévère envers les maîtres d'ouvrage qui ne suivent pas la procédure contractuellement prévue.

La cour d'appel de Paris a ainsi validé une résiliation pour abandon dans un marché de sous-traitance prévoyant la résiliation de plein droit après mise en demeure de 48 heures en cas d'abandon ou de retard de plus de 21 jours. Chaque étape contractuelle avait été respectée — première lettre, mise en demeure formelle, lettre de résiliation visant les clauses applicables — d'où la validation et l'allocation des pénalités contractuelles (CA Paris, 30 novembre 2021, n° 20/04788).

La VEFA et les garanties d'achèvement

En vente en l'état futur d'achèvement (VEFA), la défaillance du promoteur-vendeur est couverte par la garantie financière d'achèvement (GFA), obligatoire en application des articles L. 261-10-1 et R. 261-17 du CCH. Le garant — banque ou assureur — s'engage à financer l'achèvement de l'immeuble en cas de défaillance.

L'acquéreur en VEFA confronté à un arrêt des travaux doit mettre en demeure le promoteur, puis saisir le garant qui est alors tenu d'assurer ou de financer la reprise. Dans les cas les plus graves, l'acquéreur peut également demander la résolution du contrat de vente et le remboursement des sommes versées, augmentées d'intérêts.

Quelle indemnisation peut-on obtenir en cas d'abandon de chantier ?

Quels postes de préjudice sont indemnisables ?

Lorsque l'abandon est caractérisé comme faute contractuelle, l'indemnisation peut être très étendue. L'article 1231-1 du Code civil impose à l'entrepreneur d'indemniser les conséquences de son inexécution, sauf force majeure caractérisée.

Voici les postes classiquement reconnus par les tribunaux :

Poste de préjudiceNatureConditions d'indemnisation
Restitution des acomptes versés pour travaux non exécutésPréjudice financier directEn cas de résolution ; sommes versées supérieures à la valeur des travaux réalisés
Surcoût de reprise par une autre entreprisePréjudice financier directDevis et factures de l'entreprise de substitution ; lien causal avec l'abandon
Préjudice de jouissancePréjudice indirectImpossibilité d'occuper le bien ; évalué sur la base d'un loyer de référence
Préjudice d'exploitation (bien locatif)Préjudice indirectPerte de revenus locatifs pendant la période où le bien n'a pu être loué
Frais financiers (intérêts d'emprunt supplémentaires)Préjudice financier indirectProlongation du crédit construction due au retard imputable à l'entrepreneur
Frais de relogement provisoirePréjudice financier indirectNécessité démontrée de quitter le logement en travaux
Frais d'expertise judiciaire ou amiablePréjudice accessoireFrais exposés pour établir et chiffrer les désordres liés à l'abandon
Pénalités de retard contractuellesPréjudice forfaitairement évaluéSi le contrat les prévoit et que le retard est imputable à l'entrepreneur

Le tribunal judiciaire de Béziers a accordé, dans une affaire d'abandon aggravé par des malfaçons graves sur une toiture, une indemnisation incluant les coûts de reprise structurelle, le remplacement de la cuisine, la location d'un box pour le mobilier, l'indemnisation du mobilier détérioré et un préjudice de jouissance calculé sur la base d'un loyer de référence (TJ Béziers, 15 décembre 2025, n° 25/01930). La leçon : un abandon bien plaidé indemnise tout ce qui se rattache causalement à l'arrêt fautif — encore faut-il avoir documenté chaque poste, pièce par pièce.

Le rôle de l'assurance dommages-ouvrage et de l'assureur RC de l'entrepreneur

Lorsque l'abandon a généré des désordres significatifs, deux mécanismes assurantiels peuvent être mobilisés.

L'assurance dommages-ouvrage, obligatoire en application de l'article L. 242-1 du Code des assurances, garantit avant toute recherche de responsabilité le paiement des travaux de réparation des dommages de nature décennale. Elle prend normalement effet après réception, mais peut, dans certains cas de résiliation pour inexécution après mise en demeure infructueuse, intervenir avant réception pour préfinancer les travaux de reprise. Pour le détail de la procédure, voyez notre page Comment faire jouer l'assurance dommages-ouvrage ?.

L'assureur RC et décennale de l'entrepreneur peut également être mis en cause. En l'absence de réception, c'est la responsabilité contractuelle qui joue (et non la décennale), mais l'assureur reste tenu de couvrir les condamnations, sauf à démontrer une faute intentionnelle ou dolosive. Le tribunal judiciaire de Béziers a écarté les clauses d'exclusion invoquées par l'assureur et l'a condamné in solidum avec l'entrepreneur (TJ Béziers, 15 décembre 2025, n° 25/01930).

Et si l'entrepreneur n'avait pas souscrit l'assurance décennale obligatoire ? Cette situation n'est malheureusement pas marginale, et elle ouvre des recours spécifiques — y compris contre le gérant à titre personnel. Voyez notre article Pas d'assurance décennale ? Le gérant est personnellement responsable ! ainsi que notre page dédiée Que faire si l'entrepreneur n'a pas d'assurance décennale ?

Quels sont les risques d'une réaction mal conduite ?

Le maître d'ouvrage qui réagit dans la précipitation s'expose à un risque majeur : la requalification de sa résiliation en résiliation abusive, et donc l'obligation de payer à l'entrepreneur les sommes dues au titre des travaux réalisés, voire des dommages et intérêts. Magnifique retournement de situation pour celui qui croyait être la victime.

Trois erreurs sont particulièrement fréquentes — et particulièrement coûteuses :

  • Résilier sans mise en demeure préalable. La mise en demeure est une condition de fond, pas une formalité. Son absence vicie la résiliation et prive le maître d'ouvrage du droit de l'invoquer aux torts de l'entrepreneur.
  • Faire intervenir une autre entreprise avant d'avoir résilié. Introduire un nouveau venu sur le chantier sans avoir préalablement mis fin au premier contrat caractérise une faute du maître d'ouvrage et peut exonérer l'entrepreneur de toute responsabilité. C'est précisément la séquence à ne pas inverser.
  • Négliger la preuve de l'abandon. Sans constat de commissaire de justice et sans documentation des échanges, vous tendez à votre entrepreneur la perche pour contester la qualification.

Ces trois erreurs justifient pleinement de consulter un avocat dès les premiers signes d'un abandon — avant même d'envoyer la mise en demeure. Une heure de conseil bien investie au début d'un dossier vaut mieux que cent heures de plaidoirie pour rattraper une procédure mal engagée.

L'essentiel à retenir

  • Ne réagissez jamais dans la précipitation : une résiliation mal documentée peut être requalifiée en résiliation abusive.
  • La mise en demeure est indispensable : lettre recommandée avec accusé de réception, délai bref, conséquences expressément annoncées.
  • Faites constater l'abandon par un commissaire de justice après l'expiration du délai accordé : cet acte authentique est votre preuve la plus solide.
  • En CCMI, mobilisez la garantie de livraison de l'article L. 231-6 du CCH dès l'expiration de la mise en demeure : le garant est tenu de prendre le relais.
  • Hors CCMI, vous pouvez obtenir en référé l'autorisation de faire reprendre les travaux par un tiers aux frais et risques de l'entrepreneur défaillant (article 1222 du Code civil).
  • L'indemnisation peut être très étendue : surcoût de reprise, préjudice de jouissance, perte de revenus locatifs, frais financiers, pénalités contractuelles — à condition de prouver chaque poste.
  • La garantie décennale ne s'applique pas avant réception : en cas d'abandon, c'est la responsabilité contractuelle de droit commun qui prime, fondée sur les articles 1217 et suivants du Code civil.

Questions fréquentes sur l'abandon de chantier

Mon entrepreneur a disparu du chantier depuis trois semaines sans donner de nouvelles. Que dois-je faire en premier ?

Commencez par vérifier qu'il n'existe pas de cause légitime de suspension (intempéries, congés prévus, non-paiement d'une situation) que vous n'auriez pas identifiée. Si aucune justification n'est établie, suspendez immédiatement tout paiement et adressez à votre entrepreneur une lettre recommandée avec accusé de réception le mettant en demeure de reprendre les travaux dans un délai de 8 à 15 jours, en précisant que son silence entraînera la résiliation à ses torts. Rassemblez parallèlement vos preuves : photos horodatées, échanges de courriels, comptes rendus de chantier. Si le délai expire sans réponse ni reprise, faites dresser un constat par un commissaire de justice.

Mon entreprise a déposé le bilan. Comment récupérer mon argent et faire terminer mes travaux ?

La procédure collective modifie substantiellement les recours disponibles. En CCMI, la garantie de livraison de l'article L. 231-6 du CCH reste pleinement applicable : le garant est tenu de désigner une autre entreprise pour achever les travaux et de prendre en charge le surcoût, indépendamment de la défaillance financière du constructeur. En dehors du CCMI, vous devrez déclarer votre créance auprès du mandataire judiciaire dans les délais légaux, mais le recouvrement auprès de l'entrepreneur en liquidation sera souvent illusoire. La mobilisation de votre dommages-ouvrage (si souscrite) et de la RC de l'entrepreneur constituent les principales voies d'indemnisation. Consultez rapidement un avocat pour sécuriser vos droits avant la clôture de la procédure collective.

Puis-je faire entrer une nouvelle entreprise sur mon chantier avant d'avoir résilié le contrat avec la première ?

Non, et cette pratique peut spectaculairement se retourner contre vous. Introduire une autre entreprise sans avoir préalablement résilié le contrat de la première peut être interprété comme une violation de vos propres obligations contractuelles. L'entrepreneur défaillant pourrait alors contester la qualification d'abandon, faire valoir que c'est vous qui avez rompu le contrat, et réclamer le paiement des travaux réalisés ainsi que des dommages et intérêts pour résiliation abusive. La séquence correcte est impérative : mise en demeure, expiration du délai sans reprise, constat d'abandon, résiliation formelle, puis — et seulement alors — recours à une autre entreprise.

L'entrepreneur prétend que c'est moi qui ne paie pas ses factures : peut-il légalement arrêter le chantier ?

Oui, dans certaines conditions. L'article 1219 du Code civil consacre l'exception d'inexécution : une partie peut refuser d'exécuter son obligation si l'autre n'exécute pas la sienne. Un entrepreneur impayé de ses situations peut donc légitimement suspendre les travaux, sans que cette suspension constitue un abandon fautif. Le tribunal judiciaire de Metz a ainsi débouté un maître d'ouvrage de toutes ses demandes indemnitaires au motif que l'entrepreneur avait valablement invoqué l'exception d'inexécution pour non-paiement de ses situations (TJ Metz, 4 mars 2025, n° 22/00356). Avant toute procédure, vérifiez donc scrupuleusement que vous êtes à jour de vos paiements contractuels.

Combien de temps dure une procédure en cas d'abandon de chantier et à quoi dois-je m'attendre financièrement ?

Les délais varient selon la voie choisie. Un référé (mesures d'urgence, désignation d'expert) peut être obtenu en quelques semaines. Une procédure au fond devant le tribunal judiciaire prend en moyenne deux à quatre ans, expertise judiciaire incluse. Sur le plan financier, l'indemnisation peut être substantielle : restitution des acomptes versés, surcoût de reprise par une autre entreprise, préjudice de jouissance calculé sur la durée de l'abandon, perte de revenus locatifs le cas échéant. Dans les dossiers les plus lourds, les condamnations dépassent régulièrement 50 000 à 100 000 euros. Un accompagnement par un avocat spécialisé en droit de la construction est indispensable pour optimiser la stratégie procédurale et le quantum des demandes.


Cette page a été rédigée par Maître Antoine CHRISTIN, avocat au Barreau des Hauts-de-Seine, spécialiste en droit immobilier et en droit de la construction. Pour toute question relative à un abandon de chantier ou pour être accompagné dans vos démarches, contactez le cabinet.

Autres questions sur le même thème :

Comment réagir face à un abandon de chantier ?

Votre entrepreneur a déserté le chantier ? Avant de céder à la tentation très humaine de prendre l'affaire en main, respirez : la séquence à suivre est précise, et la moindre fausse note se paye comptant. En résumé : on suspend les paiements, on met en demeure par lettre recommandée, on fait constater l'abandon par un commissaire de justice, puis on choisit entre la résolution judiciaire, l'exécution aux frais et risques de l'entrepreneur (article 1222 du Code civil) ou — pour un CCMI — l'activation de la garantie de livraison de l'article L. 231-6 du Code de la construction et de l'habitation. Faute de quoi, c'est vous qui risquez d'être condamné à indemniser celui que vous croyiez fautif. Oui, la justice a parfois un sens de l'humour très particulier.

En savoir plus...

Que faire si l'entrepreneur n'a pas d'assurance décennale ?

Découvrir qu'un entrepreneur intervient sans assurance décennale, c'est mettre la main sur une bombe à retardement. L'obligation pèse sur lui depuis l'article L. 241-1 du Code des assurances ; elle est d'ordre public ; et son défaut constitue un délit pénal. Pour autant, vous n'êtes pas désarmé : avant le chantier, vous pouvez refuser de contracter ; en cours de chantier, vous pouvez mettre en demeure, suspendre les paiements, voire résilier ; après réception, vous conservez l'action décennale contre l'entrepreneur sur son patrimoine — et, dans certains cas, contre son dirigeant à titre personnel. Encore faut-il actionner ces leviers dans le bon ordre, et au bon moment.

En savoir plus...

Comment faire jouer l'assurance dommages-ouvrage ?

L'assurance dommages-ouvrage est la plus protectrice — et la plus mal comprise — des assurances construction. Pour la faire jouer, le bénéficiaire adresse à l'assureur une déclaration de sinistre par lettre recommandée avec accusé de réception, contenant les mentions obligatoires fixées par l'annexe II de l'article A. 243-1 du Code des assurances. L'assureur dispose alors de 60 jours pour se prononcer sur le principe de la garantie, puis de 90 jours au total pour formuler une offre d'indemnisation, sans qu'aucune recherche préalable de responsabilité ne soit nécessaire. Cette mécanique de préfinancement permet d'obtenir le financement des réparations sans attendre l'issue d'un éventuel procès contre les constructeurs. Encore faut-il en respecter scrupuleusement le formalisme — et connaître les délais qui jouent autant contre l'assuré qu'en sa faveur.

En savoir plus...

Quelle est la différence entre garantie décennale, garantie biennale et garantie de parfait achèvement ?

La loi du 4 janvier 1978, dite loi Spinetta, codifiée aux articles 1792 et suivants du Code civil, impose aux constructeurs trois garanties légales distinctes, qui se distinguent par leur durée, leur objet et les désordres qu'elles couvrent. La garantie de parfait achèvement couvre, pendant un an, tous les désordres signalés. La garantie biennale de bon fonctionnement protège, pendant deux ans, les éléments d'équipement dissociables du gros œuvre. La garantie décennale engage, pendant dix ans, la responsabilité du constructeur pour tout dommage qui compromet la solidité de l'ouvrage ou le rend impropre à sa destination. Ces trois régimes ont un seul et même point de départ — la réception — et se cumulent : un même désordre peut, selon sa gravité, relever simultanément de plusieurs d'entre eux.

En savoir plus...

Peut-on forcer un entrepreneur à reprendre des travaux ?

Oui, et la loi met à votre disposition un arsenal plus étendu qu'on ne le croit. Le maître de l'ouvrage dispose de plusieurs leviers cumulables : la garantie de parfait achèvement de l'article 1792-6 du Code civil pendant l'année suivant la réception, l'exécution forcée en nature fondée sur l'article 1217 du même code, et, au-delà, la responsabilité contractuelle de droit commun. En pratique, cette contrainte passe le plus souvent par une mise en demeure suivie, si nécessaire, d'une saisine du juge pour obtenir soit l'injonction de reprise sous astreinte, soit le droit de faire exécuter les travaux par un tiers aux frais et risques de l'entrepreneur défaillant. Reste à mobiliser le bon fondement, dans le bon délai, après avoir constitué une preuve solide.

En savoir plus...

Que faire en cas de malfaçons après des travaux de rénovation ?

En présence de malfaçons après des travaux de rénovation, vous disposez de plusieurs recours selon la nature et la gravité des défauts constatés. La première démarche consiste à formaliser les désordres par écrit et à mettre l'entreprise en demeure d'y remédier. Selon les cas, vous pourrez ensuite activer la garantie de parfait achèvement (1 an), la garantie biennale de bon fonctionnement (2 ans) ou la garantie décennale (10 ans), toutes prévues aux articles 1792 et suivants du Code civil. Si les défauts ne relèvent d'aucune de ces garanties légales, la responsabilité contractuelle de droit commun de l'entrepreneur reste applicable dans un délai de cinq ans. Toute la difficulté tient à la qualification — et c'est précisément en rénovation que cette qualification réserve le plus de surprises.

En savoir plus...

Qu'est-ce que la réception des travaux et pourquoi est-elle indispensable ?

La réception des travaux est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage, avec ou sans réserves, tel que le définit l'article 1792-6 du Code civil. Elle constitue le pivot central de tout le droit de la construction : c'est à compter de cette date que courent la garantie de parfait achèvement (1 an), la garantie biennale de bon fonctionnement (2 ans) et la garantie décennale (10 ans). Sans réception, aucune de ces garanties légales ne peut être invoquée ; le maître de l'ouvrage se trouve réduit à la responsabilité contractuelle de droit commun, plus incertaine et plus exigeante à mettre en œuvre. Autant dire que tout l'édifice du droit français de la construction repose sur cet acte — qu'on a pourtant tendance à expédier en quelques minutes sur un coin de chantier.

En savoir plus...

Domaines d'activité

Construction

J’aide à résoudre les litiges liés à la construction (reprise des malfaçons et des désordres ; levée des réserves ; comptes de fin de chantier ; indemnisation des retards ; mobilisation des assurances).

Copropriété

Je permets aux copropriétaires et aux copropriétés de faire valoir leurs droits (annulation des PV d’AG ; dégât des eaux et incendie ; mobilisation des assurances ; recouvrement des charges).

Ventes immobilières

J'assiste acheteurs et vendeurs qui s'estiment lésés (vices cachés et dol ; obligation de délivrance ; contentieux de l'indemnité d'immobilisation).

Baux commerciaux

Je débloque les situations Bailleur Preneur (renouvellement ; déplafonnement ; résiliation) et j'accompagne les gérants (vente de fonds de commerce ; cession de droit au bail).

Baux d'habitation

J'assiste bailleurs et locataires dans le cadre des contentieux locatifs (référé-expulsion ; validation de congé ; action contre la caution).

Urbanisme

J'accompagne dans les contentieux relatifs aux permis de construire et déclarations préalables (recours gracieux Maire ; recours contentieux Tribunal Administratif).